L’île d’en face : une famille en voilier jusqu’en Polynésie
Parfois, un livre nous fait voyager bien plus loin qu’on ne l’imaginait. Parfois le voyage ce n’est pas juste « partir » mais c’est vivre, aller à la rencontre, découvrir, s’extasier de ce qui se présente sur son chemin au jour le jour. C’est exactement ce que j’ai ressenti en lisant L’île d’en face de Claudine Goché-Monville. Sentiment d’exploration du monde et d’admiration pour ce petit bout de femme de notre île Raiatea.
Ce livre autobiographique raconte l’histoire d’une famille assez simple en apparence, comme la nôtre, comme beaucoup d’autres. Claudine et Claude, avec leur petit garçon Gérald âgé de six ans, décident pourtant de se lancer dans une aventure complètement extraordinaire : faire le tour du monde dans leur petit voilier, DANAE II, tout droit sorti de leur jardin de Dakar où ils l’ont construit pendant deux ans à la sueur de leur front et de leurs mains.
Nous sommes au début des années 1960 et c’était une autre époque, très peu de personnes avaient déjà entrepris ce genre de voyage dans une petite coque, et encore moins en famille avec un enfant. Pionniers de l’aventure en famille aujourd’hui si tendance, ils prennent donc la mer un dimanche du mois de novembre 1960 depuis Dakar au Sénégal pour un voyage qui va durer près de trois ans.
Leur route les mène d’abord vers les îles du Cap-Vert, puis vers l’Atlantique pour une longue traversée jusqu’aux Antilles et à la Martinique, terre d’origine de Claudine. Ils descendent ensuite l’arc antillais jusqu’au Venezuela, franchissent le canal de Panama et poursuivent leur route vers les Galápagos. Puis vient le grand saut dans l’immensité du Pacifique, avec son lot d’angoisses et d’inconnu.
Et enfin… l’arrivée en Polynésie française. Les Marquises d’abord, les Tuamotu, puis Tahiti. Les anecdotes, rencontres, déconvenues et belles surprises sont si nombreuses que je ne vous en ferai pas détail ici. Ce qui devait être une étape dans leur tour du monde devient finalement leur destination finale. Après trois années de navigation et de vie en mer, la famille décide de s’arrêter dans ce coin de paradis pour y construire sa vie.
Ce récit m’a profondément marquée par la personnalité de Claudine. On découvre une femme d’un courage incroyable, qui s’est construite à travers ses voyages et ses rencontres. Elle raconte ses aventures sans jamais juger les cultures qu’elle découvre, toujours avec curiosité, ouverture d’esprit et une vraie joie de vivre. Mais ce qui traverse tout le livre, c’est aussi l’amour profond qu’elle porte à son mari Claude. Elle le décrit comme l’homme « avec qui, par qui et pour qui » elle a appris à aimer la mer et cette vie d’aventure.
En refermant ce livre, on se dit qu’on n’aurait probablement pas le courage de vivre ne serait-ce qu’un quart de ce qu’ils ont vécu. Car on le comprend très vite : l’océan est magnifique, mais il ne pardonne pas. Naviguer ainsi demande une audace et une détermination extraordinaires.
Ce qui rend aussi cette lecture très particulière pour moi, c’est de savoir que Claudine vit toujours aujourd’hui en Polynésie, à Raiatea. Devenue nonagénaire, elle continue de mener une vie active tournée vers la mer et la transmission. Elle forme encore aujourd’hui de futurs capitaines, et c’est d’ailleurs avec elle que Jonathan a passé son permis côtier.

Et peut-être que ce livre résonne aussi particulièrement en parce que notre famille vit elle l’aventure du bout du monde. Certes bien différente : pas de tour du monde en voilier pour nous, mais une mutation en Polynésie française, avec tout ce que cela implique de découvertes, de rencontres et de changements de vie. En lisant ces pages, je me suis parfois surprise à imaginer ce que pouvaient ressentir ces navigateurs en apercevant pour la première fois les îles du Pacifique. Cette sensation d’arriver dans un autre monde, de toucher enfin une terre lointaine dont on a longtemps rêvé.
La suite de l’histoire de la famille Goché-Monville est racontée dans un second livre, L’aventure continue, qui relate leur installation aux îles Sous-le-Vent, la naissance de leurs deux autres fils et la poursuite de leur incroyable aventure maritime. Je recommande vivement cette lecture à tous ceux qui aiment les récits de voyage, la mer et les histoires de vie hors du commun. C’est un livre qui parle d’aventure, bien sûr, mais surtout de liberté, d’amour et de fidélité à ses rêves.
Et en le lisant, pas très loin du lagon, on se surprend à regarder l’océan d’une manière un peu différente.
Dans un registre différent mais tout aussi marquant, on peut aussi découvrir le récit d’un pêcheur polynésien dérivant pendant 118 jours sur le Pacifique, une histoire qui donne elle aussi une autre profondeur à l’océan : lire cet article sur Si loin du monde .







