Que faire à Raiatea :
ce qu’on y fait vraiment.
Un guide écrit depuis l’intérieur. Pas par des touristes de passage, par des gens qui y vivent.
Ça fait dix mois qu’on vit ici. Dix mois qu’on fait les courses au marché d’Uturoa, qu’on reconnaît les vendeuses, qu’on sait quel côté du lagon prend la meilleure lumière en fin d’après-midi. C’est notre première expérience loin de la métropole. Raiatea, c’est notre quotidien.
Que faire à Raiatea pendant quelques jours ? Après dix mois sur l’île, voilà ce qu’on recommanderait. Ce guide ne vient pas d’un séjour de trois jours et d’un carnet de notes. Il vient de dix mois passés à comprendre cette île, à la rater parfois, à la redécouvrir souvent.
Raiatea propose autre chose que Bora-Bora : moins de carte postale immédiate, davantage d’exploration, de vie locale et d’histoire culturelle. Pas de plage de sable blanc accessible depuis l’île principale, mais un lagon immense partagé avec Taha’a, des motu, un marae classé à l’UNESCO et une authenticité qu’on cherche parfois longtemps avant de trouver.
Faire le tour de l’île
La première chose qu’on conseille à tous ceux qui arrivent ici, c’est de faire le tour de l’île en voiture. Pas comme une activité en soi, plutôt comme une façon de prendre ses repères. Quatre-vingt-seize kilomètres de route de ceinture, deux heures et demie à trois heures avec les arrêts, et vous avez une carte mentale de Raiatea que rien d’autre ne vous donnera aussi vite.
Les deux côtés sont très différents. La côte est est la plus sauvage : la vallée de Fa’aroa s’ouvre sur la droite, la végétation est dense, les villages se succèdent. La côte ouest, c’est autre chose : en remontant de la pointe sud vers Uturoa, les motu s’enchaînent dans le lagon, Taha’a est si proche qu’on dirait qu’on pourrait la toucher, et Bora-Bora apparaît en fin d’après-midi dans la lumière du soir.
Sur la route, des gens lèvent la main en vous voyant passer. On le reçoit dès le premier tour. On met un peu de temps avant de le rendre naturellement. Mais le jour où on le fait sans réfléchir, quelque chose a changé.
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Visiter le marae Taputapuātea
Vers le PK 32 côté est se trouve le marae Taputapuātea, site le plus important de Polynésie, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2017. Si on arrive là sans préparation, on risque de repartir avec l’impression d’avoir vu des pierres. Le marae est sobre, ouvert sur le lagon, avec Taha’a en face.
La vraie visite est venue des mois plus tard, lors d’un tour en truck bringue, une plateforme de bois spécifique à la Polynésie, avec des rangées de bancs tout le long, de la musique et des chants pendant tout le trajet. On s’arrête à différents endroits pour des pari pari. Au marae, entourés de Polynésiens qui expliquaient le sens de ce qu’on voyait, quelque chose s’est ouvert.
Si vous avez la chance de croiser Jean Méré, membre fondateur de l’association A Nui Taputapuatea, c’est une rencontre précieuse. Documentez-vous avant d’y aller.
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Aller sur un motu
Raiatea n’a pas de plage de sable accessible depuis l’île principale, ou presque. Ce que l’île a à la place, ce sont les motu : des îlots posés dans le lagon. Notre première vraie sortie, c’était fin août. On était passés devant le motu Miri Miri lors du tour de l’île. Ce dimanche-là, on a mis le kayak à l’eau depuis le Raiatea Lodge et on a ramé.
En arrivant, il n’y avait personne. Le lagon autour était transparent, un dégradé de bleu qu’on n’avait pas encore vu de si près. Bora-Bora en face, au loin. On a nagé, on a traîné, on a passé la matinée sans regarder l’heure. Au retour, une raie pastenague est passée juste devant nous. Alice a sorti son téléphone, l’excitation, la précipitation, et finalement rien de filmé. La raie était déjà loin. On s’est regardés et on a ri. C’est le genre de moment qu’on ne planifie pas et qu’on n’oublie pas non plus.
Motu Ofetaro en taxi-boat depuis le quai maritime d’Uturoa, devant l’ancien Champion. Motu Miri Miri en kayak depuis le Raiatea Lodge. Certains motu sont privés : se renseigner avant de débarquer.
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Le motu Miri Miri. Notre coin depuis le début.Snorkeler dans le lagon
En février, des amis de Tahiti passaient une semaine à la maison. On s’est retrouvés une douzaine sur le motu Ofetaro avec deux autres couples. En métropole, c’était la pleine saison de ski. Nous, on était dans le lagon à faire un pique-nique les pieds dans l’eau.
On avait investi dans les masques de Décathlon, le modèle intégral. Les habitués de la plongée ici nous surnomment les télétubbies à cause de la forme. On assume. Ce qu’on a vu : des poissons en quantité, du corail encore coloré. Première fois que j’en voyais d’aussi vivant. On est restés quarante-cinq minutes. En remontant sur le motu, j’étais fatigué. Mais c’est le genre de fatigue qui ne pose pas de question.
Tevaitoa côté rivage, balises rouges et vertes. Baie de Pufau. Motu Nao Nao au sud pour le meilleur endroit selon les locaux, mais l’accès n’est pas simple sans contact local ou prestataire.
Et puis il y a le spot de requins à pointe noire, au nord en direction de Taha’a, accessible uniquement en bateau. Des amis d’ici nous y ont emmenés le 1er mai avec Amir, Iris était à un anniversaire sur un motu ce jour-là et a raté ça. On était dans l’eau avec les requins. Il y a eu un petit temps d’appréhension avant d’y aller, c’est normal. Et puis on est rentrés dans l’eau. C’est le genre d’expérience qu’on ne planifie pas tout seul depuis le bord de la route : il faut connaître des gens qui ont un bateau, ou se renseigner auprès des prestataires locaux.
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Le 1er mai, dans l’eau avec les requins à pointe noire. Au nord, direction Taha’a.Le marché d’Uturoa un vendredi matin
On y va presque tous les lundis pour les courses de la semaine. Si vous n’êtes là que quelques jours, essayez le vendredi. C’est le jour où des musiciens jouent autour du marché, une ambiance différente du reste de la semaine.
Au rez-de-chaussée, fruits, miel, pâtisseries, un smoothie pressé sur place bu debout devant l’étal. Si vous passez par le Super U ou le Carrefour, prenez du pain coco de la boulangerie Bouleau. À l’étage, l’artisanat : colliers, bijoux, fabriqués ici à la main.
Un matin qu’on y était avec notre famille, une des vendeuses qu’on connaît bien nous a interpellés. Elle voulait qu’on lui présente tout le monde. Ma mère la regardait, surprise. Ce n’était pas un grand moment. Mais c’est exactement ce genre de petit rien qui dit qu’on est chez soi quelque part.
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Manger dans une roulotte
Les roulottes, ce sont des points de restauration en bord de route : parfois un camion, parfois une construction en tôle avec des tables en plastique ou en bois, parfois face au lagon. On s’assoit, on mange, on reste le temps qu’on veut. Il n’y a pas de pression.
Celle qu’on recommande sans hésiter : le Chill and Grill, à Avera, au PK 8, fermé le dimanche. La terrasse donne sur le lagon, et on recommande le poisson cru. Simple, sans distance, avec cette convivialité qui s’installe naturellement quand tout le monde partage les mêmes tables.
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Le jardin botanique de Fa’aroa
Arrêt naturel vers le PK 15 lors du tour de l’île. Ce n’est pas un grand site, et beaucoup passent devant sans s’y arrêter. À tort. La première fois, Amir partait devant en faisant craquer les feuilles. Iris s’est arrêtée net devant une feuille de taro presque aussi grande qu’elle. Elle l’a regardée longtemps, sans rien dire.
Sous les mape, les châtaigniers tahitiens, l’air est plus frais. La rivière Apoomau qui borde le jardin est la seule rivière navigable de toute la Polynésie française. La tradition orale raconte que c’est depuis cette baie que les grandes pirogues ont pris la mer pour peupler Hawaï et la Nouvelle-Zélande.
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Depuis le belvédère de Fa’aroa. Il n’y avait personne.Randonner
La première fois, c’était fin août, seul à la maison. Un copain m’avait parlé de la crête des Macarangas. Je suis parti équipé, avec le drone dans le sac. Le chemin se trouve, mais mieux vaut demander les indications à l’office du tourisme avant de partir. À chaque virage je me disais que ce serait bien de la refaire avec les enfants.
Puis j’ai atteint la crête. Derrière moi, la vallée de Fa’aroa. Devant, la baie d’Opoa et le lagon qui s’étend au sud. Il n’y avait personne. J’ai sorti le drone, j’ai filmé, j’ai pris le temps. C’est un de ces moments où on mesure dans quel endroit on a atterri.
Beaucoup de sentiers passent sur des terrains privés. Partir tôt, emporter de l’eau. L’association Haere i mua te avae organise des sorties encadrées.
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Et Taha’a, juste en face
Raiatea et Taha’a partagent le même lagon. Depuis Raiatea on voit Taha’a en permanence, si proche qu’on a du mal à croire qu’il faut un bateau pour y aller. Alice y enseigne. On y va régulièrement.
Pour nous, Taha’a c’est d’abord l’île des motu avant d’être celle de la vanille. Sur ses motu, on peut manger le ma’a polynésien, le repas traditionnel préparé dans le four de terre, en regardant le lagon. En septembre, on y a fait une belle rencontre : Hugo et Coco, avec leurs deux enfants. On les a retrouvés par hasard en Nouvelle-Zélande en décembre. C’est aussi ça, le lagon de Raiatea et Taha’a.
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Que faire à Raiatea en 2 ou 3 jours ?
Avec 2 jours
On vit ici depuis dix mois et on n’a pas encore tout fait. Ce qu’on chercherait à comprendre en premier : commencer par le tour de l’île, arrêt au jardin de Fa’aroa et une vraie heure au marae. Retour par la côte ouest pour voir les motu s’enchaîner et Bora-Bora dans la lumière du soir. Le soir, Chill and Grill PK 8, poisson cru. Deuxième jour : sortie motu le matin, snorkeling à Tevaitoa l’après-midi. Si c’est un vendredi, marché d’Uturoa pour commencer.
Avec 3 jours
On ajoute Taha’a. Excursion depuis Uturoa, la ferme perlière, un motu, le ma’a polynésien si c’est possible. Et une randonnée matinale, la crête des Macarangas ou la stèle Boubée. Le troisième jour laisse aussi la place aux imprévus. C’est souvent là que Raiatea donne le meilleur d’elle-même.
Repères pratiques
FAQ — Que faire à Raiatea ?
Y a-t-il des plages à Raiatea ?
La seule plage publique accessible depuis la côte principale est la plage de Tevaitoa, côté ouest. Pour le sable et le lagon, on va sur les motu, accessibles en taxi-boat ou en kayak selon la distance.
Peut-on visiter Taha’a depuis Raiatea ?
Oui, facilement. Les deux îles partagent le même lagon. Des excursions partent depuis Uturoa. On raconte notre expérience dans notre article sur Taha’a.
Faut-il une voiture pour visiter Raiatea ?
Oui, c’est indispensable. Les transports en commun sont limités. Les agences de location sont présentes à l’aéroport et à Uturoa.
On leur a montré la vie. Et c’est peut-être ça, être vraiment installé quelque part.
Ce que Raiatea demande vraiment
Ce qu’on n’avait pas prévu en arrivant ici, c’est ce qu’on allait avoir à faire découvrir. Pas la carte postale, les gens qui venaient nous voir la connaissaient, ils avaient regardé les photos. On leur a montré le Chill and Grill, le marché, les gens qu’on salue, le motu avec des amis, la raie qui passe devant le kayak et qu’on n’a pas réussi à filmer. On leur a montré la vie.
Dix mois qu’on est là. On ne sait toujours pas tout de cette île. Il y a des sentiers qu’on n’a pas encore faits, des endroits qu’un ami nous a indiqués et qu’on n’a pas encore trouvés, des gens qu’on croisera sûrement au marché et qu’on ne connaît pas encore.
Sur la route, quand quelqu’un passe, on lève la main. Pas parce qu’on connaît la personne. Parce qu’ici, ne pas le faire serait presque impoli. On le reçoit dès le premier tour de l’île. On met du temps avant de le rendre sans y penser. Mais le jour où ça arrive, l’île s’est déjà ouverte.






