Une journée ordinaire dans notre quotidien
Quand on parle de la vie ici, on imagine vite des journées sans horaires, un rythme un peu flottant, et des semaines qui se ressemblent toutes. C’est parfois vrai le week-end, c’est vrai pendant les vacances, et c’est vrai quand on arrive et qu’on a encore l’impression d’être en décalage. Mais quand l’école reprend, quand le travail d’Alice impose un cadre, et quand la maison tourne comme une maison de famille, on retrouve aussi une routine. Pas une routine triste, juste un déroulé normal. Un lundi, tout simplement.
Et concrètement, à quoi ça ressemble, une journée ordinaire chez nous ?
Cette journée-là, je la raconte depuis ma place, celle de celui qui est présent à la maison en journée, pendant qu’Alice est au travail. C’est simplement le point de vue à partir duquel notre organisation familiale se met en place.
Vers 6h : un réveil tôt, dans un calme très marqué
Le lundi commence tôt. Pas plus tôt que les autres jours, mais différemment. Alice prend le bateau à 7h pour commencer à 8h, alors le réveil sonne vers 6h. Depuis qu’on a changé de maison, ce moment est marqué par un calme très net. Le quartier est silencieux, vraiment silencieux. On n’entend ni les coqs, ni les chiens, ce qui tranche avec ce qu’on a pu connaître ailleurs. La lumière commence à passer à travers le rideau, et c’est souvent elle qui donne le vrai signal du réveil.
Il fait déjà chaud. Notre chambre est orientée côté soleil, et la différence entre la nuit et le moment où on ouvre les yeux se sent immédiatement. Même quand le ventilateur est allumé, on perçoit ce basculement entre la fraîcheur relative du soir et la journée qui démarre. Ce n’est pas encore la chaleur lourde, mais le corps comprend vite que la journée ne sera pas neutre. Les enfants dorment encore, la maison est immobile. On a globalement bien dormi. Alice s’est couchée un peu plus tard que moi, comme souvent, mais le réveil reste fluide.
7h : le quai et le départ d’Alice, sans pression inutile
Le trajet jusqu’au quai n’est pas devenu banal, mais il s’est installé dans une routine solide. La vraie différence depuis le déménagement, c’est la proximité. Avant, il fallait compter un bon quart d’heure, parfois davantage selon la circulation. Aujourd’hui, on est à deux minutes. Ça change beaucoup de choses, surtout le matin : il y a moins de pression, moins de stress, parce qu’on sait qu’on arrivera largement à l’heure. On a gardé notre rythme d’avant, mais dans un cadre beaucoup plus confortable.
La ville est déjà bien active entre 6h et 7h du matin. Pas en train de se réveiller, plutôt déjà lancée. Une fois Alice déposée, la journée change de forme, et le tempo devient celui des enfants.
Le matin avec les enfants : calme, mais cadré
Les enfants se lèvent, et le matin reste calme. Ils aiment ce moment-là. Le petit-déjeuner, un dessin animé, chacun son temps d’écran. C’est l’un des seuls moments de la journée où la télévision est allumée, une habitude héritée de la métropole et conservée ici. L’ambiance est posée, et les seuls bruits qui s’installent progressivement sont ceux de la maison qui s’anime doucement, notamment les douches qui commencent à couler.
7h45 : le trajet vers l’école, plus cadré qu’avant
Le trajet jusqu’à l’école est plus long qu’avant. On habitait à 500 mètres, aujourd’hui on est plus proches du centre-ville, mais plus éloignés de l’école. Il faut compter entre dix et quinze minutes selon la circulation, dans le sens inverse du flux principal. Concrètement, ça implique une organisation un peu plus serrée le matin, parce que pour arriver à 8h, il faut partir au plus tard à 7h45.
Le contraste est assez net : le matin est devenu plus large et plus confortable pour Alice, mais un peu plus speed pour les enfants. Il faut aller un peu plus vite, notamment pour Iris qui doit prendre sa douche plus rapidement qu’avant, et ça enlève une partie du temps “tranquille” qu’on avait quand on vivait juste à côté. On râle un peu parce que c’est « loin ». C’est fou comme la mémoire est sélective : avant, 15 minutes, c’était le temps qu’il fallait pour dégivrer le pare-brise.
Dans la voiture, en revanche, l’ambiance est calme. Les enfants ne se rendorment pas, ils sont posés, et ils sont surtout contents quand on arrive à l’école. Je mets la radio, souvent Tiaré FM, ou je passe un appel. On a un souci de climatisation dans la voiture, alors on ouvre les fenêtres. À cette heure-là, dehors, il fait encore bon. La vraie chaleur s’installe plutôt vers 9h, et on la sent très clairement quand on commence à bouger davantage.

Retour à la maison : un ménage plus simple qu’avant
Quand je rentre, la maison est vide, mais surtout silencieuse. Ce silence marque toujours un peu, surtout après le passage express du matin où tout s’enchaîne. Le lundi, une partie de la matinée est consacrée au ménage, mais dans une logique très différente de celle qu’on avait avant.
Cette maison est récente, elle est belle, et on sent qu’elle a été pensée avec soin. Tout est bien choisi, bien agencé, et surtout elle fait naturellement propre. Contrairement à notre première maison, elle se salit moins, et elle se salit différemment. Il n’y a pas besoin de passer l’aspirateur tous les jours. Avant, on avait des insectes, des iules (une sorte de vers), et beaucoup plus de traces liées aux geckos, notamment leurs crottes.
Ici, il n’y a pas de iules, et il y a moins de geckos, donc l’entretien est plus léger et plus simple au quotidien.
Je nettoie l’intérieur, la terrasse, un peu l’extérieur, et je fais un tour autour de la piscine. Il fait chaud, même quand il y a du vent, et on transpire vite dès qu’on est en mouvement. Ce sont des gestes simples, mais physiques, surtout quand tu les enchaînes. Je fais tout en musique. Toujours. Ce n’est pas pénible, c’est normal, et c’est agréable de voir la maison propre et entretenue, à l’image de ce qu’elle est.
Les courses du lundi : pas idéales, mais adaptées à notre organisation
Les courses se font en voiture, même si c’est proche. Il y a l’eau, les sacs, et les courses pour une semaine. Le dimanche, on prend un petit temps pour faire les menus et la liste. Tout est centralisé sur une application, ce qui évite de tourner en rond et ça aide à rester dans l’essentiel.
Depuis le déménagement, on est désormais situés plus près du centre-ville, avec Carrefour, le marché et le Super U à côté, ce qui change pas mal l’organisation au quotidien.
Le lundi n’est pas forcément le meilleur jour pour faire les courses, parce que les bateaux arrivent le mardi. Mais dans notre organisation, c’est le moment le plus logique. La plupart du temps, on trouve tout ce dont on a besoin, et quand ce n’est pas le cas, on adapte. Ici, l’adaptation est un vrai maître mot, parce que tu peux avoir une semaine où tout est disponible, puis une autre où tu ajustes deux ou trois repas au dernier moment, sans que ce soit dramatique.
Avec le temps, les habitudes se sont installées : Carrefour, le Super U local, le marché pour les fruits. Le choix de cette nouvelle maison implique aussi qu’on soit vigilants sur certaines dépenses, et l’alimentation en fait partie. Pas dans une logique de restriction, mais de choix. On ne se prive pas. On mange bien. Je cuisine toujours autant. Simplement, on choisit mieux, et on gaspille moins qu’avant.
Quand je rentre, je range les courses et je prépare à manger. Parfois le repas est déjà prêt de la veille, ce qui permet de gagner un peu de temps sur le midi. Cette organisation, on l’a construite petit à petit depuis notre arrivée, exactement comme on a dû apprendre à faire nos courses sur l’île, entre marché, lagon et supermarché.
Le midi : faisable, mais trop serré pour durer
À midi, je repars chercher les enfants. Ils n’ont qu’une heure. Le trajet, le repas, le retour à l’école s’enchaînent rapidement. C’est faisable, mais c’est serré, surtout maintenant qu’on est à dix ou quinze minutes de l’école. À partir de la rentrée, ils mangeront à la cantine. C’est plus logique, et surtout moins fatigant, notamment pour Amir. On a prolongé ce rythme un peu pour leur faire plaisir, mais sur la durée, ça n’a plus vraiment de sens.
L’après-midi : un temps précieux et protégé
L’après-midi, c’est mon temps. Un temps rare, et surtout précieux. Je m’installe dehors, souvent sur la table, et je fais ce que j’ai à faire sans bruit autour. Je travaille parfois sur le site, je commence un article, je trie des idées, je reprends des notes. D’autres fois, je regarde une série ou je lis, sans chercher à “rentabiliser” le moment.

Je protège ce temps. Il y a des sollicitations, des propositions, une vie sociale qui s’est installée depuis qu’on est ici. Parfois je refuse, parce que si ce temps-là disparaît, il n’y a ni site, ni équilibre. C’est un temps à la fois de repos et de construction. Il existe surtout le lundi après-midi, parfois le mardi, parfois le vendredi matin. Deux ou trois demi-journées dans la semaine, pas plus, et c’est justement pour ça que je le garde.
Après l’école : goûter, piscine, et une autre ambiance
Quand je retourne chercher les enfants, l’ambiance change nettement. On passe d’un moment calme à quelque chose de plus animé. Après l’école, ils ont plus d’énergie. Il y a le goûter, et s’il fait beau, la piscine devient rapidement leur première envie. Parfois des copains passent avec leurs enfants, ce qui rend le moment encore plus vivant et, pour eux, encore plus simple.
La piscine demande une vigilance constante. Il n’y a ni alarme ni barrière, donc on doit rester toujours attentif. Avant d’aller chercher Alice, c’est un moment assez mélangé : jeux de société, jeux libres, piscine, parfois chacun de son côté, parfois ensemble, et rien n’est vraiment figé. C’est aussi ça qui fait que la fin d’après-midi passe vite.
17h : le quai, le retour d’Alice, et la fin de journée qui se met en place
À 17h, on va au quai. Les enfants aiment ce moment, même si on y passe un peu moins de temps qu’avant, parce qu’ils préfèrent parfois rester à la piscine. Il y a aussi des amis dans la même situation, qui attendent leur conjoint, et les enfants se retrouvent. C’est un passage assez simple, sans grand discours, mais qui compte : on récupère Alice, on se retrouve, et la maison reprend son rythme complet.
Alice revient. On est contents de la retrouver. Elle goûte. On partage un moment ensemble. Parfois on se pose, parfois on va tous dans la piscine, parfois Alice fait du sport, et on débriefe de la journée au fil de l’eau. Être tous ensemble en fin d’après-midi est devenu une habitude, et ça change beaucoup l’ambiance par rapport à notre ancienne maison où on ne profitait pas du tout de la même manière.
Le soir : dehors quand c’est possible, et un rythme hybride
Le soir, on mange dehors la plupart du temps, dès que la météo le permet. Quand il pleut, on s’adapte. Manger dehors, c’est quelque chose qu’on ne pouvait pas faire avant, et qu’on apprécie beaucoup aujourd’hui. Le quartier est très calme. On allume quelques lumières. On voit les étoiles. C’est un moment simple, posé, et ça fait partie des choses qui changent concrètement le quotidien.
Dans un article écrit au début de notre arrivée, on expliquait s’être calés sur le rythme d’ici, en se rapprochant de ce qui se fait naturellement quand les journées commencent tôt et que la lumière tombe vite, une manière de vivre qu’on avait racontée dans Vivre au rythme du Fenua. Avec le temps, ce n’est plus totalement vrai. On a trouvé un équilibre, un rythme hybride, entre celui de la métropole et celui des premières semaines ici. Les enfants se couchent désormais vers 20h30 et s’endorment autour de 21h, et ça ressemble davantage à ce qu’on connaissait avant, tout en gardant certains réflexes pris sur place.
Après, on regarde parfois une série ou un film à deux. Puis je déclare forfait. La journée m’a eu. Alice, elle, trouve un second souffle et entame sa deuxième journée : la préparation des cours. C’était déjà le rythme en métropole. La fatigue est là, mais l’investissement aussi, et ça dit beaucoup de son rapport au travail ici : elle tient à proposer des choses, à construire, à s’adapter, même si ça demande du temps le soir. La journée se termine sans bruit, et le lundi est déjà derrière nous.







