D’une rive à l’autre : mes 30 minutes de trajet quotidien entre Raiatea et Taha’a au rythme du lagon
Imaginez… Et si on vous proposait un jour de troquer votre trajet quotidien de 20 minutes en voiture vers le boulot, ou votre itinéraire dans la ligne 9 du métro parisien, contre 30 minutes de bleu turquoise, d’océan et d’air chaud, que feriez-vous ? Moi je n’ai pas hésité longtemps et je n’ai aucun regret. Embarquez avec moi sur le Tahaa Express pour un moment un peu hors du temps, mais toujours pas loin du lagon.
Pour bien comprendre le trajet
Voilà maintenant 9 mois que notre aventure familiale en Polynésie française a commencé et avec elle, les trajets vers le CJA. Comme vous le savez, nous avons fait le choix de nous installer sur l’île de Raiatea, et je travaille chaque jour sur son île jumelle : Taha’a.
Deux îles voisines… mais surtout deux îles uniques, car elles partagent le même lagon, ce qui est extrêmement rare. Selon une légende locale, Raiatea et Taha’a ne formaient autrefois qu’une seule et même île. Un jour, un géant, fou de chagrin d’amour, les aurait séparées d’un simple revers de main. Plus tard, elles auraient été colonisées par des navigateurs venus des îles Samoa, arrivés en pirogue après de longues traversées océaniques. Aujourd’hui, ce n’est plus en pirogue que je traverse… mais presque.

7h00 pile… pas une minute de retard
Pour rejoindre mon poste au CJA de Taha’a (Centre pour Jeunes Adolescents), je prends le bateau tous les jours, matin et soir. Le rythme est bien réglé : départ du quai d’Uturoa à 7h00, arrivée au quai de Haamene à 7h30, départ du retour à 16h30, arrivée à Raiatea à 17h00.
Je dis 7h00 pile, car ici, on ne plaisante pas avec les horaires. Une seule fois, une seule, je suis arrivée à 7h01. J’ai couru sur le quai en faisant de grands signes… mais trop tard. Le bateau était déjà parti. J’étais dépitée, déjà d’arriver en retard et puis surtout de devoir trouver une solution le plus vite possible.
Bon, après, j’avoue que je ne suis pas la personne la plus ponctuelle du monde donc ça devait bien m’arriver un jour. Tous les jours je repoussais les limites du départ. Encore aujourd’hui, Jonathan vient régulièrement sonner l’alarme alors que je suis encore dans la salle de bain : « euh il est moins 10 là ! »
Résultat des courses, je me suis précipitée vers un taxi boat privé qui s’apprêtait à rejoindre Taha’a avec déjà quelques personnes à bord. J’avais repéré les bateaux depuis un moment, me disant que ça me pendait au nez… Le pilote, habitué au prof retardataire, m’a accueillie le sourire aux lèvres et l’œil malicieux.
Le seul problème, c’est que les taxis boat ne vont que jusqu’à Vaitoare (plein sud de l’île) et qu’il me fallait encore trouver un moyen de rejoindre le fond de la baie de Haamene où se trouve le CJA. Pas la porte d’à côté, quinze minutes en voiture environ. Pas le choix, moi qui espérais encore que le retard passerait inaperçu, j’ai dû me résigner à appeler la directrice pour qu’elle vienne me chercher. Finalement, comique de la situation, je suis arrivée à Haamene avant le Tahaa Express. Sacrées péripéties, tout ça à 7h du matin.
Au total, je suis absente 10 heures par jour de la maison. Heureusement, j’ai mon jour off, le « mère-credi », et je ne travaille pas le vendredi après-midi.

Le Tahaa Express : bien plus qu’un simple bateau
Le bateau que nous prenons s’appelle le Tahaa Express. Ici, c’est un peu la ligne de transport en commun locale, avec des liaisons régulières à heures fixes entre les deux îles. Comme beaucoup de collègues, professeurs, médecins, banquiers, je suis abonnée. Le tarif est de 28 000 XPF par période scolaire, soit environ 235 euros. Nous sommes prioritaires à bord quand il y a beaucoup de monde… mais surtout, nous formons une communauté. Dans le bateau, c’est presque une petite famille. On se voit tous les jours, un petit check en arrivant, on échange, on rit, on se raconte nos vies. Et surtout, on débrieffe nos journées, qui ne sont pas toujours simples.
Il y a Swanny, la documentaliste du collège. C’est une des premières personnes qui m’a contactée pour nous aider à nous installer au moment de la nomination. On parle d’ailleurs de toutes ces démarches dans notre article sur les premières démarches en MAD. Aujourd’hui Iris et Rose, sa fille, sont super copines et on se voit régulièrement. Il y a Ben et Noémie, un couple de profs d’EPS géniaux, toujours partants pour nous aider dans les projets du CJA. Et il y a aussi Tooreva, mon collègue d’atelier Bois. Amir l’adore et lui saute dessus pour lui raconter sa vie à chaque descente en fin de journée.
Le petit plus qui fait la différence, c’est aussi l’équipage du Tahaa Express. Ils sont géniaux, toujours souriants et aux petits soins avec nous. Pour Noël, chaque abonné a reçu un ballotin de chocolat en cadeau. Une petite attention qui veut dire beaucoup. Le Tahaa Express, c’est plus qu’un simple bateau.
L’arrivée du bateau donne le tempo de la journée
Il y a aussi un détail que j’aime beaucoup : l’arrivée du bateau marque le début de la journée pour les élèves. Quand nous débarquons à Taha’a, ils sont souvent déjà là : au snack, à la cabine, au pont. Ils nous attendent chacun à leur manière. Mais dès qu’on passe sur le chemin… ils nous suivent. On les attrape au vol, on les entraîne avec nous, presque naturellement. Et d’une certaine façon, c’est nous qui sonnons la cloche d’entrée dans la journée. Ils savent que quand le bateau arrive, l’école commence. C’est un petit rituel quotidien qui donne tout de suite le ton.
Une fois, le bateau a eu un problème moteur. Nous avons eu 20 minutes de retard. Quand on est passés dans Haamene, les élèves étaient déjà montés au CJA, tout était désert. Ça nous a fait drôle. On se sentait seuls, nous qui avions toujours notre escorte avec nous.
Mon sas de décompression sur le lagon
Ces 30 minutes de bateau sont devenues indispensables. À l’aller, c’est mon moment pour lire un chapitre de mon dernier livre en cours, répondre aux messages reçus pendant la nuit (la journée pour famille et amis en France), et geeker un peu aussi, je l’avoue.
Au retour, c’est différent : c’est le moment pour décrocher du travail, respirer, et surtout profiter du paysage qui est à couper le souffle. Ces 30 minutes sont devenues mon sas de décompression, un espace de transition entre deux mondes : la maison et le travail, la terre et le lagon, l’agitation et le calme. Elles me permettent de rentrer et d’être pleinement disponible pour profiter du reste de la journée en famille.
Et mon moment préféré entre tous depuis que je travaille à Taha’a, c’est de voir, au loin depuis le bateau, les deux petites têtes d’Iris et Amir qui m’attendent au quai à 17h tous les jours sans exception. Si pressés de me retrouver après une journée séparés. Instant du quotidien si précieux.

Quand j’y pense, il y a quelque chose d’assez incroyable dans cette routine. Tous les jours, je traverse un lagon que certains viennent admirer depuis l’autre bout du monde. Moi, je l’emprunte simplement pour aller travailler. Comme quoi, même les trajets du quotidien peuvent devenir une aventure.
Infos pratiques — Tahaa Express
- Trajet : Uturoa (Raiatea) ↔ Haamene/Faaaha et Vaitoare (Taha’a)
- Durée : environ 30 minutes
- Horaires départ Raiatea (quai d’Uturoa) : du lundi au vendredi 7h, 8h, 12h, 15h30 vers Haamene — 17h vers Vaitoare. Samedi 11h et 18h. Dimanche 10h30 et 18h.
- Horaires départ Taha’a : du lundi au vendredi départ Faaaha à 6h15, Vaitoare 6h30, Haamene 7h30 — retour du soir : Haamene 16h30, Vaitoare 16h45.
- Pas de rotations les jours fériés.
- Tarifs aller simple 2026 : adulte Haamene ↔ Uturoa 1 000 XPF — adulte Vaitoare ↔ Uturoa 800 XPF — enfant 7 à 11 ans 500 XPF — enfant 2 à 6 ans 300 XPF.
- Abonnement : 28 000 XPF par période scolaire (environ 235 euros).
- Réservation recommandée.
- Contact : 87 31 21 80 (appel / WhatsApp)
- Email : tahaaexpress@gmail.com







