La première Color Fun organisée par le CJA de Taha’a
Le CJA de Taha’a a organisé une Color Fun afin de proposer aux élèves une activité sportive accessible, centrée sur la cohésion et le plaisir de participer. Cet événement s’inscrit dans le travail mené tout au long de l’année autour de la santé, du mouvement et du vivre-ensemble.
La préparation et la mise en place de la Color Fun
Après trois années passées à faire vivre « Les Vélos de Boris » au sein du collège Boris Vian, entourée de mes acolytes Arnaud, Yann et Cathy, je suis arrivée en Polynésie française pleine d’ambition et d’envie de bâtir de nouveaux projets. Vous ne serez sans doute pas surpris.
Alors quelle chance d’avoir trouvé une équipe « au taquet » et prête à s’investir dans toutes les initiatives !
Il ne nous a pas fallu longtemps pour nous lancer, tous ensemble, dans une nouvelle aventure – et pas des moindres – au service du bien-être de ma chère Polynésie : Organiser la toute première Taha’a Color Fun made in CJA.
La course a eu lieu ce samedi 29 novembre 2025 :
Madame la directrice à l’administratif (courrier, autorisation, arrêté et j’en passe) ;
Les moniteurs d’atelier APBOIS et APTER en charge de la réalisation des panneaux du CJA en santé et de la signalétique ;
La monitrice APTOUR en charge de la buvette et du stand de ravitaillement ;
Et moi à la coordination et à la communication.
Une équipe de choc (pour plus d’informations sur le fonctionnement d’un CJA – Centre pour jeunes adolescents, rendez-vous sur notre page Enseigner au Fenua).
La Color Fun : un événement au cœur de la santé publique
À l’origine, cet événement est porté par le CJA dans le cadre de la promotion de l’école en santé (projet phare de la DGEE en Polynésie).
L’idée : proposer une course de 5 km jalonnée de cinq arches – fana en polynésien – où les élèves lancent des nuages de poudre colorée rose, orange, bleu et violet. À chaque kilomètre, des panneaux de sensibilisation présentent les 10 thématiques de santé publique du fenua :
- accès aux soins
- pratique sportive
- tri des déchets
- hygiène
- alimentation
- lutte antivectorielle
- patrimoine culturel
- bien vivre ensemble
- CJA sans paca / sans tabac
- Sommeil et rythme de vie
Un parcours festif, éducatif, gratuit et ouvert à toute la population. L’événement était d’ailleurs observé et évalué par un jury composé d’un représentant de l’inspecteur et d’un représentant de la Direction de la santé. Les critères pour la labellisation reposaient sur la capacité du CJA à organiser une véritable action de sensibilisation à destination de la communauté de l’île.
L’objectif ? Répondre à ces critères :
- Label 1 : présentation des thématiques et une action par thème au sein du CJA (obtenu en 2021) ;
- Label 2 : actions menées à l’échelle locale (obtenu en 2023) ;
- Label 3 : implication directe de la communauté de l’île (suspens).
L’obtention de ce graal est un gage de qualité de l’enseignement dispensé au CJA mais aussi l’assurance d’obtenir des aides et subventions permettant de le faire vivre le reste de l’année. Nous espérions toucher une cinquantaine de personnes… mais la réalité a largement dépassé toutes nos attentes.
Une participation exceptionnelle
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- 133 coureurs
- 25 bénévoles : professeurs du collège, associations, mairie, familles, amis, police municipale (Jone avait d’ailleurs un rôle officiel « photographe en drone » tandis qu’Iris et Amir se sont fait une joie de participer à la fête)
- 12 batteurs venus mettre l’ambiance tout au long du parcours
- Et surtout pour notre plus grande fierté : 15 élèves sur 16 présents et 6 élèves en immersion sur 7 – une participation exceptionnelle, notamment pour des jeunes parfois absents ou en situation de décrochage.
Pour l’anecdote, ils m’ont quitté le vendredi en me disant « Bon week-end madame, à lundi » le sourire aux lèvres, une petite blague de leur part mais une certaine inquiétude pour nous de nous retrouver seuls le lendemain.

Cette activité s’inscrit aussi dans mon arrivée au CJA. J’en parle davantage ici : Mes débuts au CJA : entre découvertes, défis et réussites .
Un esprit de cohésion et une réussite collective
Les élèves se sont sentis portés par l’énergie collective et pleinement acteurs de l’événement. Ils se sont encouragés les uns les autres et ont participé avec un enthousiasme communicatif. Un véritable esprit d’équipe s’est créé : motivation, entraide, énergie… tout était réuni pour faire de cette journée un moment inoubliable.
Cette Color Run a révélé un esprit incroyable de cohésion et de joie partagée. Tout le monde — élèves, partenaires, bénévoles et habitants — s’est rassemblé autour d’un même objectif : promouvoir la santé, la culture et la solidarité. Je salue d’ailleurs le dévouement de Jeck, Anthony et Tatiana, au service de toutes les actions à destination des jeunes sur l’île depuis des années, sans eux cet évènement n’aurait jamais eu une telle ampleur.

Grâce au travail remarquable des élèves et à l’implication de toute l’équipe, le CJA de Taha’a a obtenu le Label 3 du CJA en santé. Une fierté immense, des souvenirs colorés et un projet qui, sans aucun doute, marquera durablement les jeunes.
Mais au-delà des chiffres et de la fête, cette action a eu un impact bien plus profond : elle a ouvert les yeux de la communauté sur le rôle du CJA. Encore trop souvent, il souffre d’idées reçues et d’une représentation réductrice. À l’instar de la SEGPA en métropole, ces jeunes sont perçus comme perturbateurs, incompétents, rudes. Cette Color Run a permis de déconstruire ces clichés et a participé à montrer une autre réalité : des jeunes impliqués, motivés, responsables, capables d’organiser un événement d’envergure et de mener un projet jusqu’au bout. La population a pu découvrir des élèves investis, créatifs et portés par la volonté de réussir. Cette belle image renforce la place du CJA dans la vie locale et valorise pleinement ses missions.
Le point de vue de la petite nouvelle
Tout juste arrivée en juillet en Polynésie, j’avais encore mes automatismes professionnels de métropole, cette manière d’anticiper chaque détail comme si ma vie en dépendait. Ce qui m’a frappée, tout au long de l’organisation de notre évènement, c’est la zénitude avec laquelle les collègues locaux gèrent les choses. À une semaine de la course, nous n’avions ni la poudre colorée, ni l’arrêté municipal, ni la confirmation de la présence des secouristes, et, pire encore, aucune assurance pour l’évènement — des situations impensables en métropole, où chaque démarche administrative ressemble à un mur. Pourtant, cela ne semblait inquiéter personne… à part moi.
Les collègues popa avec qui je prends le bateau me répétaient : « Ne t’inquiète pas, c’est une organisation à la polynésienne. » Et effectivement, j’ai fini par comprendre : le mardi, la poudre est arrivée ; le mercredi, l’arrêté municipal et l’accord des secouristes sont tombés ; et le jeudi, l’assurance était validée. À J-2, j’ai réalisé que, ici, les gens se font confiance, ils peuvent compter les uns sur les autres. Ils se répartissent les tâches naturellement et s’investissent sincèrement pour la réussite collective (notamment porté par le tissu associatif). C’est aussi ce que j’ai constaté le jour J où tout s’est enchaîné avec une fluidité étonnante. Tout le monde a œuvré dans le même sens… et qu’est-ce que ça fait du bien.
Conclusion
Cette première Color Fun de Taha’a restera gravée comme un exemple inspirant de collaboration et de dépassement de soi. Une preuve que lorsqu’on réunit énergie, motivation et solidarité, on peut accomplir de grandes choses — et surtout donner aux jeunes l’envie et la fierté de s’engager.







