Une semaine en camping-car en Nouvelle-Zélande : notre quotidien à quatre
On a eu de la chance. Vraiment.
Arriver un dimanche matin pour récupérer un camping-car, jour de grand départ, dans un immense centre où des centaines de vans sont alignés, donne immédiatement le ton. Il y a du monde, beaucoup de monde. L’organisation est rodée, mais l’attente est bien réelle. On arrive en Uber vers 8h30 et on ne repart qu’à 10h30.
Le lieu impressionne. Un grand centre structuré, un accueil avec café et chocolat chaud, des employés qui enchaînent les départs, et cette sensation étrange d’être au milieu d’un flux. Des familles, des couples, des retraités, des groupes. Tout le monde repart avec sa maison sur roues. À ce moment-là, on n’est pas encore en voyage. On observe. On attend. On comprend juste que l’on entre dans une mécanique énorme.
Puis vient la découverte du camping-car.

On avait réservé un modèle pour six personnes. Déjà imposant sur le papier. Et là, très bonne surprise : le véhicule est quasi neuf. Récent, à peine 10 000 kilomètres au compteur. Certaines assiettes ont encore leurs étiquettes. C’est le genre de détail bête, mais qui te dit tout de suite que tu ne vas pas passer la semaine à te demander ce qui fonctionne ou pas.
La remise se passe sans difficulté. On avait choisi l’assurance sans franchise, un choix que l’on conseille sans hésiter, ainsi qu’un pack complet (table, chaises, nécessaire pour les toilettes, pare-brise de remplacement, assistance). Les explications sont claires : gestion de l’eau propre, vidange des eaux usées, cassette des toilettes, diesel, rangements. Tout est expliqué calmement, sans pression. Et à la fin, il reste juste une évidence : maintenant, c’est à nous.
On part un dimanche. On rendra le camping-car le dimanche suivant. Une semaine complète.
Le premier réveil : quand le voyage devient concret
Le moment où l’on se dit que l’on vit vraiment en camping-car n’arrive pas sur la route. Il arrive le lendemain matin.
Se réveiller à l’intérieur, ouvrir les rideaux, se lever dans cet espace qui, en une nuit, est devenu notre maison. C’est là que tout devient réel. Avant ça, on “a un camping-car”. Après ça, on vit dedans.
Le véhicule dispose de trois lits doubles. Nous en utilisons deux : celui au-dessus de la cabine conducteur et celui du fond. Ce choix nous permet de garder la table en permanence. Un détail en apparence, mais fondamental. La table devient le centre de la vie à bord : les repas, les jeux, les dessins, les temps calmes. Ne pas avoir à tout transformer à chaque instant change complètement l’expérience.
Amir et Iris s’approprient très vite l’espace. Ils bougent, ils jouent, ils passent du lit à la table, de la table au siège, comme si c’était normal. Et surtout, les trajets leur paraissent moins longs. Ils ont une vraie sensation de “voyage”, pas juste une contrainte. Ils ont même fait des siestes dans leurs sièges, ce qui, en voyage, est loin d’être anodin.
Le matin : un rythme simple et efficace
Le matin, l’organisation était toujours la même. Je me levais en premier. Je préparais le petit-déjeuner pendant que le camping-car était encore calme. Alice et les enfants se levaient ensuite, progressivement.
Le rangement restait volontairement rapide. Pas de remise à zéro complète à chaque départ. Juste l’essentiel : dégager la table, remettre les affaires à leur place, vérifier que tout était prêt pour la route.
Entre le lever et le départ, il fallait environ une heure. C’était suffisant pour ne pas courir, et assez structuré pour garder un rythme stable sur la semaine.
Vivre dedans, vraiment

Nous avons dormi exclusivement dans des campings, tous réservés à l’avance. Pour certains, c’était nécessaire. Pour d’autres, on se rend compte après coup qu’on aurait pu improviser. Mais sur cette première semaine, on a préféré enlever une inconnue : savoir où l’on dort, arriver, se brancher, respirer.
Le camping-car est équipé d’une douche et de toilettes. La douche, on ne l’a pas utilisée. Trop petite, peu pratique. Les douches communes étaient plus confortables, et on a vite pris l’habitude.
On a vite compris qu’un bon emplacement changeait tout. Être proches des sanitaires, avoir un accès simple, éviter de traverser tout le camping à chaque aller-retour : sur une semaine, ces détails font une vraie différence et allègent beaucoup l’organisation.
En revanche, les toilettes intégrées se sont révélées extrêmement utiles. À toute heure, et surtout la nuit. Pour les adultes comme pour les enfants. On ne roulait pas de nuit, mais le fait d’avoir des toilettes à bord évite beaucoup de micro-stress.
La cuisine, elle, a été un vrai plaisir. Simple, fonctionnelle, efficace. Cuisiner à bord faisait partie intégrante de l’expérience. Et pour les pauses pique-nique improvisées, avoir tout sous la main était un confort évident. Mentalement, ça soulage : on ne se demande jamais si on a oublié quelque chose.
Tous les deux jours environ, on prenait le temps de faire l’entretien : remplir l’eau propre, vidanger les eaux usées, gérer la cassette. Au début, ça paraît technique. En réalité, ça devient vite une routine. Ni contraignante, ni magique. Juste une habitude à intégrer dans le rythme.
Gaz, 12 volts, 220 volts : la version terrain
On pourrait détailler le fonctionnement technique, mais ce n’est pas ce qui reste.
Sur la route, on vit sur l’autonomie du camping-car. On utilise l’essentiel, sans excès. Tout fonctionne, à condition de rester attentif.
En camping, le branchement en 220 V change le rythme. On recharge, on ne compte plus. Le confort est plus stable, surtout quand les journées s’enchaînent.
Le gaz ne pose pas de question particulière. Il est là, il alimente ce qu’il doit alimenter. On respecte les règles, et on n’y pense plus.
Ce qui marque, ce n’est pas la technique. C’est le fait d’avoir tout avec soi.
La route : l’adaptation, puis le plaisir
S’il y a un aspect exigeant, c’est bien la conduite.
Conduire à gauche, avec un véhicule de ce gabarit, demande une vigilance constante. Les premières heures sont mentalement éprouvantes. Il faut intégrer la largeur, les réflexes inversés, les routes parfois étroites, et la gestion des croisements. Le premier jour, on est clairement en “hyper-vigilance”.
Dès le lendemain, les automatismes s’installent. Être deux aide énormément. Alice, en copilote, joue un rôle essentiel : anticiper, confirmer, rassurer, alléger la charge mentale. Et ça change tout, surtout sur les entrées de ville et les moments où tu dois réfléchir vite.
Nous n’avons jamais roulé de nuit. Ce choix a permis de préserver un rythme plus serein et de limiter la fatigue sur une semaine déjà dense.
Et puis il y a ce détail qui devient énorme : le pare-brise. Il est gigantesque. Et on est en hauteur. Quand tu traverses des paysages vallonnés, que la route monte et redescend, tu as vraiment ce sentiment de regarder un décor en grand format. C’est là que le “whaou” arrive. Pas quand on lit un programme. Quand on le vit, assis là, avec la route qui s’ouvre devant.
Nos étapes : avancer sans se griller
Cette première semaine, on a fait un itinéraire simple, en avançant par blocs. On est partis d’Auckland et on a rejoint Hahei (Coromandel). C’était la plus longue journée : environ 4 heures de route.
Ensuite, on a enchaîné Rotorua, puis Taupō. On a aussi fait un passage par Waitomo (avec Hobbiton dans la boucle), avant de revenir vers Auckland.
Au total, on estime qu’on a roulé autour de 1 000 kilomètres. La plupart du temps, on était plutôt sur des trajets de 2h30 à 3h entre chaque étape. Et franchement, c’est le bon format. Assez de route pour sentir qu’on bouge. Pas trop pour que la journée ne se résume pas à conduire.
Le 24 décembre : Wendy’s, parking vide, et ce décalage très net
Le moment le plus “on the road”, paradoxalement, ce n’est pas un grand paysage. C’est le 24 décembre.
On avait prévu un repas plus élaboré le 25, dans le camping-car mais le 24 au soir, on a mangé dans un Wendy’s. Un fast-food, franchise classique. Le parking était presque vide. Le camping-car garé à côté. Et nous, à manger un burger un soir de réveillon, à l’autre bout du monde.
Si on était restés en métropole, on aurait été en famille autour d’une grande table. Là, on était dans un Wendy’s néo-zélandais, avec Amir et Iris surexcités par l’idée de dormir encore “dans la maison roulante”. Ça crée un décalage très net. Et en même temps, c’est exactement ça, les vacances : faire autre chose que ce qu’on aurait fait “normalement”.
On en parlait déjà dans cet article sur Noël au Fenua, parce que ça raconte la même chose au fond : quand les repères changent, l’essentiel reste. Noël à Raiatea : quand les repères disparaissent, l’essentiel reste .
Rendre le camping-car : un soulagement, et une pointe de tristesse
Le retour s’est fait rapidement. Il n’y avait presque personne. On a signalé un petit impact sur la porte avant gauche. Impossible de dire s’il venait de nous. Finalement, il était déjà présent. Et avec l’assurance, la question n’avait pas vraiment d’enjeu.
Le sentiment au moment de rendre le véhicule est mitigé. Un soulagement, celui de se décharger d’une responsabilité. Et en même temps, une vraie pointe de tristesse. Parce qu’en une semaine, ce véhicule devient un cadre. Une routine. Une petite maison.
Avec le recul, on se dit qu’on aurait signé pour trois jours de plus. Une partie de la suite du programme s’y prêtait. Mais c’était trop tard. Et ce n’est pas grave. Cette semaine a été vécue au bon rythme, sans la tirer en longueur.
Avec le recul : ce que cette semaine nous a appris
Cette expérience, on l’avait en tête depuis longtemps. On l’a vécue au bon moment, au bon endroit.
Une semaine en camping-car, c’était parfait. Plus longtemps, la question se poserait. Mais dans ce format-là, c’était juste. Et surtout, c’était une chance incroyable pour Amir et Iris. Ils ont adoré. Ils ne retiendront pas la technique ou l’organisation. Ils retiendront qu’on était tous les quatre ensemble, du matin au soir, dans un pays avec un décor digne du seigneur des anneaux.
De notre côté, on a aimé l’expérience. On est contents de l’avoir vécue comme ça.
Et comme souvent, ça nous a ramenés à une idée qu’on découvre petit à petit ici : le rythme compte autant que le programme. On en parle d’ailleurs dans cet article, parce que c’est exactement le même sujet, juste appliqué à un autre endroit : Vivre au rythme du Fenua .
La Nouvelle-Zélande en camping-car, on sait qu’on ne la vivra qu’une fois. On l’a fait comme ça. Et c’était magnifique.






