Fin de MAD en Polynésie : Swanny raconte les dernières semaines avant le retour
Les pastilles de vaisselle. Ce n’est pas un coucher de soleil sur le lagon, pas une dernière sortie en bateau. C’est en rachetant des pastilles de vaisselle que Swanny a réalisé que le décompte avait basculé. À chaque chose qu’on fait, on se dit que c’est une des dernières fois.
Dans six semaines, Swanny, son mari Marco et leurs trois enfants repartent en métropole. Deux ans après leur arrivée à Raiatea, la date est posée. Le billet est là.
Une voix qu’on connaissait avant même d’arriver
Swanny est professeure documentaliste au collège de Taha’a. Elle est arrivée à Raiatea il y a deux ans avec Marco, qui travaille dans la fonction territoriale, et leurs trois enfants. Avant notre propre arrivée, Alice avait eu contact avec elle. Swanny était déjà active pour conseiller les futurs MAD, elle répondait aux questions, elle donnait des infos concrètes à ceux qui préparaient leur départ. C’est comme ça qu’on s’est retrouvés à Raiatea. Swanny et Marco sont devenus des amis.
Il y avait quelque chose de logique à ce que ce soit elle qui ferme cet arc. Elle conseillait les MAD avant de partir, elle continue de le faire au moment de repartir.
La saison depuis le début
Depuis le lancement du podcast, chaque épisode a posé une brique. Alice a raconté le projet, la décision de tout quitter pour enseigner au Fenua. Isabelle a parlé de la préparation, de l’acceptation tardive, de ce moment où tout s’accélère. Tevehe a décrit les premiers jours. Rudy a posé un regard professionnel sur les élèves polynésiens, depuis son expérience de CPE au LEP d’Uturoa.
Il manquait une étape. Celle que personne ne raconte vraiment parce qu’elle n’existe pas encore quand on commence à chercher des infos sur la MAD. Le retour.
La première année et ce qu’elle réserve
Swanny et Marco ne sont pas arrivés dans une situation idéale. Des soucis d’électricité dans leur logement dès l’arrivée. Un problème de voiture ensuite, ils ont dû en racheter une. Et plus tard dans l’année, un retour en urgence en métropole pour des raisons personnelles difficiles. La Polynésie, c’est loin quand il y a des difficultés. Quand on doit rentrer en urgence, c’est compliqué.
Malgré tout ça, ils sont restés. Et la deuxième rentrée est arrivée avec ce que Swanny décrit comme « le goût de la facilité ». Les élèves connaissent comment elle fonctionne au CDI. Elle fait partie du décor. Le lien est installé.
Le mail de septembre
Ce que beaucoup de MAD ne savent pas avant de partir : à peine un an après l’arrivée, le rectorat envoie un mail. Il faut déjà choisir si on prolonge ou si on rentre. On vient de faire une rentrée sereine dans des locaux qu’on connaît, avec des élèves qu’on reconnaît, et là on doit donner réponse. Le retour commence avant même qu’on ait l’impression d’être vraiment installé.
Pour Swanny, ça l’a soulagée. Ils avaient prévenu dès le départ qu’ils resteraient deux ans. C’était acté. Les billets sont arrivés en avril. Départ le 6 juillet. Le vendredi, elle travaille encore au CDI. Le lundi matin, l’avion décolle de Raiatea à 8h30.
Deux ans, trois ans, quatre ans
Swanny pose quelque chose d’intéressant sur la durée. La première année peut être difficile. La deuxième est plus facile, on fait partie du décor. Une troisième serait encore plus fluide. Mais à quatre ans, certains savent dès la dernière rentrée qu’ils repartiront. Et parfois le départ commence avant même d’être partis.
Ils ont réfléchi à prolonger. Les réalités de la vie, la distance, les raisons familiales ont tranché. Ce n’est pas un mauvais choix ou un bon choix, dit Swanny. C’est comme ça.
Ce qu’elle dit sur la quatrième année mérite d’être entendu par ceux qui préparent une MAD longue : ceux qui restent quatre ans savent dès la dernière rentrée qu’ils n’ont pas le choix, il faut repartir. Et certains lâchent un peu. Elle, sur deux ans, n’a rien lâché.
Les dernières fois
Les sorties sur le lagon, il y en aura encore jusqu’au week-end du départ. Mais ils savent que la fin approche. Les baleines reviennent à Raiatea à la saison froide, vers juillet. Elle en a vu, en voyage. Mais sur le trajet pour aller au collège, une seule fois en deux ans. Elle repartira exactement quand elles reviendront.
C’est ça le décompte inversé. Pas les grands moments, pas les couchers de soleil spectaculaires. Les pastilles de vaisselle. Le trajet du matin, les moments partagés avec les collègues dans le Taha’a express. Tout devient une dernière fois sans qu’on ait eu le temps de décider que c’était important.
Ce qu’on laisse derrière
Ce qu’elle va regretter, elle le sait déjà. Le lagon, parce qu’en Vendée il n’y a pas de lagon. Les amis, ceux qu’elle a rencontrés ici et qu’elle ne reverra probablement pas en métropole une fois leur séjour à eux terminé. Et les élèves.
Sur les élèves, Swanny rejoint ce que Rudy disait dans l’épisode 4 depuis son bureau de CPE et ce que Tevehe décrivait depuis sa classe. Il y a une proximité avec les élèves polynésiens qu’elle avait peu rencontrée en métropole. Ils posent vite des questions, ils sont vite présents. L’expérience n’est pas un long fleuve tranquille, certains sont difficiles. Mais ils sont attachants. C’est sa réponse professionnelle sur deux ans.
Sur les amitiés, elle parle du coup de foudre amical sur le parking de la formation à Tahiti, le jour de l’arrivée. La première personne croisée, qui habite finalement à côté de chez elle à Raiatea. Des vacances partagées, des gens rencontrés la deuxième année aussi. Le lien se tisse vite ici parce que tout le monde sait que l’expérience est éphémère.
Toujours dans l’envie d’aider
Ce qui caractérise Swanny depuis le début, c’est cette posture. Elle donnait des informations aux futurs MAD avant même de partir. Elle s’est investie ici, au FIFO, au salon du livre, dans d’autres actions menées sur place. Et au moment de repartir, cette envie n’a pas changé. Elle reste dans le conseil, elle répond encore aux questions de ceux qui préparent leur départ.
C’est peut-être ce qui rend sa parole particulièrement juste dans cet épisode. Elle parle depuis l’intérieur, six semaines avant de monter dans l’avion, avec la lucidité de quelqu’un qui a pensé cette expérience de bout en bout.
Respire
Une dernière question, en fin d’épisode. Si elle pouvait parler à la Swanny qui débarquait à Raiatea il y a deux ans, qu’est-ce qu’elle lui dirait ?
« Respire, ça va bien se passer. »
Venant de quelqu’un qui a traversé une première année difficile, un retour en urgence en métropole, et qui repart sans regret avec le sentiment d’avoir profité jusqu’au bout, ce n’est pas une formule. C’est un bilan.
Écouter l’épisode
L’épisode 5 de Pas loin du lagon est disponible sur Spotify.
Si vous préparez une mise à disposition en Polynésie française, vous pouvez consulter nos pages Enseigner au Fenua et S’installer au Fenua. Le podcast complète ces ressources en donnant la parole à ceux qui vivent cette réalité au quotidien.





